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Retrouvez ce texte de Laurent CHABOT
et bien d'autres dans l'ouvrage qu'il vient de publier en collaboration
avec
Franck LEANDRI
ainsi que de merveilleuses photos de plus de 100 sites ou monuments.
Le titre : Monuments de Corse chez Edisud.
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Tour de Capitello
La silhouette massive de la plus grosse tour du littoral ajaccien
est bien identifiable au fond du golfe. Elle fait partie de la première
vague d’ouvrages de défense décrétés
par l’Office de Saint Georges. Mgr Giustiniani dans sa chronique
signale déjà une tour à Capitello dans les années
1520-1530, mais le texte semble peu fiable. Nous avons en effet un
document daté de 1552 mentionnant la construction en cours,
soit à peu près en même temps que la tour de La
Parata, placée en sentinelle face aux Iles Sanguinaires. La
tour actuelle est effectivement terminée en 1553, à
la veille des Guerres de Corse. Réclamée par la population
du préside d’Ajaccio comme un élément de
sa sécurité (le célèbre corsaire turc
Dragut avait déjà tenté en 1550 de prendre le
château génois par surprise !), elle est effectivement
antérieure à la citadelle de la ville, à laquelle
le Maréchal de Termes donnera son allure à partir de
1553, pendant les quelques années où cette place-forte
génoise est aux mains des Français. En juin 1583, elle
reçoit la visite des 4 galères d’Hassan Veneziano
(après le sac de Sartène, il va vers le golfe de Sagone) :
la garnison de la tour signale un débarquement sur la plage…
Avant la construction de la tour sur le seul éperon rocheux
du fond du golfe, ce sont deux cavaliers qui étaient chargés
de patrouiller dans le secteur.
Comme à la tour de Porto, contemporaine de celle de Capitello,
l’architecte a privilégié puissance et volume
intérieur : les murs font 3 m d’épaisseur
à la base, pour une circonférence de 42 m. Un document
d’archives cité par A.M. Graziani et daté de 1682
la décrit pourtant comme une tour abandonnée depuis
longtemps et menaçant ruine. Il est vrai que le notable qui
la présente ainsi tente d’obtenir des autorités
qu’on lui laisse la charge des réparations de cette tour
désaffectée et inutile, car il a l’intention d’y
entreposer son matériel agricole ! Dans ces conditions,
il a intérêt à la distinguer des 3 autres tours
de la rive sud, plus récentes et encore gardées…
On en tire néanmoins un constat : l’entretien de
cette tour n’est plus considéré depuis longtemps
comme essentiel.
En 1793, la tour abrite dit-on un hôte de prestige : le
futur Napoléon Ier – encore Buonaparte à cette
époque – opposé au ralliement de Paoli à
l’Angleterre, contre la Convention, et assiégé
là pendant quelques jours par les paolistes qui veulent l’éliminer
et l’obligeront bientôt à quitter l’île.
La petite histoire (ou la légende dorée ?) veut
qu’il se soit nourri de la chair d’un cheval et ait même
tenté de faire sauter la tour pour protéger sa fuite,
sans succès ! Une histoire sur laquelle Maupassant ironisait
déjà en 1880, dans sa nouvelle Une page d’histoire
inédite, la qualifiant de « récit émouvant »
sans doute, mais de « pure invention dramatique ».
Plus récemment encore, cette tour décidément
indestructible fut réutilisée pour la défense
de l’aérodrome naissant de Campo dell’Oro, pendant
la Seconde Guerre Mondiale. La restauration de 1995 a permis de supprimer
le blockhaus édifié sur la terrasse, et l’ouverture
percée au rez-de-chaussée pour mettre l’artillerie
à l’abri. Les nids de mitrailleuses sont toujours visibles
autour.
Plus pittoresque est la légende relative à la construction
de la tour, reproduite dans le quotidien La République du 7
avril 1897. Vers 1245, un astrologue renommé vivant à
Bastelica, Magnifico Matteo, incita la population de la commune à
construire une tour pour lutter contre les Maures, les Pisans et les
Génois (sic !), ce qui fut fait en sept jours. Le Grand
Conseil d’Ajaccio décida alors de s’emparer de
la tour, construite sur son domaine, et envoya un ultimatum aux Bastelicais.
Ceux-ci demandèrent alors à nouveau conseil à
Magnifico Matteo qui suggéra, pour éviter une guerre
fratricide, de déplacer la tour avec des cordes jusqu’à
Bastelicaccia, en profitant du passage d’une comète.
Une belle corde en poil de chèvre fut aussitôt solidement
tressée, mais les efforts furent vains : la tour ne bougea
pas, et les Bastelicais durent s’entendre avec les Ajacciens.
La tour leur fut cédée contre une forte indemnité
et l’engagement de fournir la moitié de la garnison,
dont le commandement resterait aux Bastelicais ! Une innocente
histoire, cependant significative des débats que devait entraîner
pendant des années la construction et l’entretien d’un
tel édifice…
Avec ses 13,50 m de diamètre extérieur, la tour
de Capitello rentre dans la catégorie des grosses tours génoises.
Elle est même plus large que haute (11 m).
La restauration de 1995 a rétabli l’unique accès
à la salle de garde, à 4,50 m du sol, l’escalier
étant bien entendu moderne. Contrairement à l’aménagement
de la plupart des tours plus récentes, où le niveau
inférieur n’est généralement pas utilisable
(seule la citerne occupe cet espace), le rez-de-chaussée était
habitable. 6 des 17 mâchicoulis de la terrasse supérieure
ont dû être reconstitués, comme une partie du haut
mur de protection percé de meurtrières à intervalles
réguliers.
La tour a été inscrite à l’Inventaire des
Monuments historiques en 1991.
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